Article publié le
03 - 05 - 2025

Entretien avec Laurent Ciman

Parcours, obstacles, conseils ou encore projets, l’ex-international belge au plus de 500 matches professionnels est revenu pour nous sur sa carrière et ce qui l’anime aujourd’hui. En toute humilité et simplicité.

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« Je ne sais pas si on est destinĂ©s ou pas mais j’ai toujours aimĂ© le foot, tu n’avais besoin que d’un ballon contrairement Ă  d’autres sports qui requièrent un certain matĂ©riel », affirme d’emblĂ©e Laurent, qui confie avoir passĂ© des heures Ă  tâter le cuir dans la citĂ© oĂą il habitait, Ă  Couillet. « C’était important que ça reste un jeu, je n’aime pas dire que c’est devenu un « mĂ©tier Â». Mon père aimait ce sport lui aussi. Papa n’a jamais Ă©tĂ© pro, il a Ă©tĂ© un amateur mais Ă  un bon niveau tout de mĂŞme. Â»


Si on l’a surtout connu comme dernier rempart durant sa carrière, Laurent a pourtant dĂ©butĂ© Ă  un autre poste. « Je n’ai pas toujours eu une âme de dĂ©fenseur, j’ai commencĂ© comme attaquant. Je pense qu’on veut tous marquer des buts en Ă©tant petit. J’ai aussi fait du foot en salle pendant un certain temps. Je pense que c’est ça qui m’a aidĂ© dans la finition, Ă  affiner ma technique dans les petits espaces. On a d’ailleurs Ă©tĂ© champions de Belgique avec Marcinelle Ă  l’époque, et gagnĂ© la Coupe de Belgique. J’ai fini meilleur buteur. Â»


« C’est Dante Brogno qui a cru en moi Â»


C’est Ă©videmment dans le Hainaut que Laurent Ciman dĂ©bute, Ă  Couillet d’abord. « Avant d’aller au Sporting de Charleroi, oĂą on me disait que je n’avais pas le niveau pour jouer en D1. Je suis alors allĂ© Ă  l’Olympic Charleroi oĂą j’ai rencontrĂ© Dante Brogno, c’est lui qui a cru en moi. Pendant ce temps, je faisais aussi le Foot Elites. Il y avait un synergie entre les deux clubs, l’Olympic et le Sporting. Grâce Ă  ça et Ă  Dante, j’ai fait 6 mois au Sporting de Charleroi en Espoirs avant de rallier le noyau pro oĂą Jacky Matthijsen m’a aussi donnĂ© ma chance. Il faut dire les choses clairement : il faut avoir un peu de chance pour percer, tomber sur les bonnes personnes au bon moment et sur des personnes qui croient en toi. Mais il n’y a pas secret, il faut faire des sacrifices quand tu veux devenir pro. Il faut savoir ce que tu veux, et moi, ça a toujours Ă©tĂ© mon cas. J’allais dormir quand il fallait, je me reposais quand je le devais. Â»


La mauvaise passe brugeoise


Vient alors ce transfert Ă  Bruges, Ă©poque qui ne s’est pas passĂ©e comme il l’aurait souhaitĂ©. « Je n’étais peut-ĂŞtre pas prĂŞt a faire ce pas Ă  Bruges, oĂą le public attend beaucoup de chaque joueur. Je ne jouais pas Ă  mon poste de prĂ©dilection, on m’avait placĂ© arrière droit au lieu d’être en dĂ©fense centrale. Les rĂ©sultats de l’équipe n’étaient pas au rendez-vous, tout comme mes prestations. Je n’avais pas su faire la prĂ©pa’ avec le Club puisque j’avais Ă©tĂ© repris aux Jeux Olympiques. Puis, le dĂ©mĂ©nagement en Flandre n’est pas toujours simple quand on est un petit Wallon, quand tu ne parles pas la langue.


Laurent est alors pris pour cible. « Quand un stade te siffle, ce n’est pas facile mentalement. Heureusement que j’ai eu le soutien de ma famille et de ma femme pour ne pas que je sombre. Il y avait des joueurs importants comme Stijn Stijnen, Karel Geraerts, Mohamed Dahmane ou Jonathan Blondel qui m’ont soutenu. Â»


Courtrai pour le relancer, le Standard pour le porter aux nues


L’homme rebondit alors Ă  Courtrai. « J’y ai rencontrĂ© Georges Leekens et Philippe Vande Walle qui ont Ă©galement Ă©tĂ© importants dans ma carrière en me remisant en dĂ©fense centrale. Je retrouvais aussi lĂ  un club familial comme Ă  Charleroi. Enfin, je faisais une saison accomplie et Ă  mon niveau. Nous Ă©tions tous des joueurs revanchards, beaucoup Ă©tait en prĂŞt. Sven Kums a aidĂ© Ă  bien nous acclimater. Nous avons, je pense, fait la meilleure saison de l’histoire de Courtrai. Â»

Beaucoup diront que c’est au Standard de Liège qu’il a Ă©talĂ© toute sa classe. « Comme le disait Marc Wilmots, le Standard, c’est LE club. J’aurais pu signer ailleurs que lĂ  mais c’était un rĂŞve de jouer au Standard de Liège, ça collait bien Ă  ma mentalitĂ©. J’ai toujours eu le respect des supporters. Â»


Direction le Canada pour sa fille


« En stage en Espagne, j’ai eu la possibilitĂ© via un agent Ă  l’époque de venir pour l’Impact Montreal. Moi je n’y connaissais rien au football lĂ -bas Â», admet-il. « Pour moi, en MLS, je connaissais les New York Red Bulls et LA Galaxy, c’est tout. Ma femme savait qu’il y avait des ressources lĂ -bas pour soigner notre fille Nina et elle espĂ©rait dĂ©jĂ  qu’on y aille après ma carrière. Pour moi, ce pays, je n’y connaissais que la neige et le hockey. Je ne savais pas qu’il y avait un club de foot lĂ . Mais je m’en foutais un peu de ce qui m’attendait de l’autre cotĂ©. L’adaptation a Ă©tĂ© assez facile. J’arrivais en plus en confiance car j’étais parti du Standard par la grande porte. Puis, ça parle français, c’est facile. Â»


« Puis l’Impact de Montreal a voulu me « trade Â» (Note : l’échanger) Ă  LA FC sans mon consentement, alors que ma seule recommandation au dĂ©part Ă©tait de ne pas ĂŞtre Ă©changĂ© durant les deux premières annĂ©es de mon contrat Â», poursuit-il. « J’ai finalement jouĂ© 4 mois Ă  Los Angeles avant de retourner en Europe, Ă  Dijon. Mais aller en France fut une erreur. Mon fils n’aimait pas l’école lĂ -bas, il en revenait chaque fois en pleurs. C’était compliquĂ© de rester lĂ . Il fallait absolument que je revienne au Canada. J’ai alors parlĂ© avec SĂ©bastien Giovinco et j’ai rĂ©pondu Ă  Toronto, oĂą j’ai arrĂŞtĂ© ma carrière. Â»


« J’ai aimĂ© ĂŞtre l’intermĂ©diaire entre un coach et ses joueurs Â»


Si sa carrière de joueur a pris fin il y a 4 ans, Laurent Ciman a pourtant endossé par la suite un costume d’adjoitn.


« Je voulais rentrer chez moi, comme joueur Ă  Montreal mais ça ne s’est pas fait. Ă€ l’époque, Thierry Henry Ă©tait coach de l’Impact et Olivier Renard le directeur gĂ©nĂ©ral. Thierry me connaissait de l’équipe nationale belge alors que j’avais dĂ©jĂ  cĂ´toyĂ© Olivier. Je suis alors retournĂ© Ă  Montreal mais comme entraineur assistant. Entre temps, Henry a du rentrer en Angleterre juste avant que je ne dĂ©barque. Wilfried Nancy Ă©tait devenu coach, lui que j’ai connu comme assistant quand j’y Ă©tais encore joueur. J’ai aussi connu Hernan Losada comme T1. Tu as toujours envie de jouer car ça reste ta passion. Mais j’ai très bien pris le fait d’être assistant. J’aimais ĂŞtre cet intermĂ©diaire entre le coach et les joueurs, jouer avec eux, leur faire comprendre qu’ils sont importants. Un joueur carbure fort Ă  la confiance. C’est bien beau de bosser sur un ordi et de faire sĂ©ances mais le cotĂ© humain et relationnel pour tirer le max d’un joueur m’importe.


Un projet d’académie de foot


Aujourd’hui, Laurent vogue vers d’autres horizons, toujours dans le foot. « J’ai envie de donner tout ce que moi j’ai appris et ça part par des bases techniques, de dialogue. J’ai envie de me lancer dans la fondation d’une acadĂ©mie de joueurs entre 10 et 18 ans, leur apprendre les bonnes choses pour que mĂŞme quelqu’un qui est dans le foot amateur soit dans des condition professionnelles, peu importe que ça soit pour en faire son mĂ©tier, que ça soit en petit groupe ou en individuel. Ça serait l’AcadĂ©mie Soccer Elite Laurent Ciman. Pour l’instant, on est Ă  la recherche de l’endroit pour la fonder, car il n’est pas facile de trouver de telles infrastructures pour un tel projet. Il s’agirait dans un premier temps d’un terrain de 5 contre 5 ou de 7 contre 7. Pas besoin d’un terrain Ă  11 contre 11 pour faire ce que j’ai envie de faire. Â»


Un Opportunity Players version canadienne ?


Evidemment, impossible de ne pas le questionner sur la plateforme Opportunity Players, que Laurent a dĂ©jĂ  pu parcourir Ă  sa guise. « Ă‡a part d’une idĂ©e franchement incroyable. Je comprends le fond de l’idĂ©e. Combien de personnes m’ont tĂ©lĂ©phonĂ© que ça soit papa ou joueur pour essayer de placer tel ou tel joueur … Mais c’est compliquĂ© car on n’a pas toujours l’accès Ă  des vidĂ©os de joueurs, Ă  leurs CV ou Ă  certaines infos essentielles. Tu sais comme le monde pro, c’est dur. Grâce Ă  Opportunity Players, des joueurs mĂŞme dans le monde amateur ont la possibilitĂ© d’exploiter leurs capacitĂ©s Ă  fond. Une fois que t’es sur la plateforme, pour moi ou des gens de la MLS, ça nous permet d’avoir le descriptif complet du joueur. Je suis sĂ»r que c’est comme ça que d’autres joueurs qui n’ont pas eu la chance de percer comme moi avec Brogno peuvent percer ou ĂŞtre la prochaine pĂ©pite Ă  dĂ©nicher. Ce qui est bien, c’est que ça ne s’arrĂŞte pas au foot. MĂŞme pour un physio qui dĂ©marre sa carrière, ce n’est pas toujours facile de se lancer et de commencer Ă  bosser. C’est vraiment top et bien fait par rapport au sport. Â»


« J’aimerais bien faire ça par rapport au Canada Â», continue-t-il encore. « Car il y a des sports qui fonctionnent super bien en Europe mais pas ici. Le hockey sur glace doit y figurer par exemple, c’est le sport n°1 au pays, bien que le Soccer prend une certaine ampleur. Ça sera dans la continuitĂ© de ce qui se fait, avec encore beaucoup plus de marchĂ©s possibles. Dans le monde amateur, ici, ça reste compliquĂ©, c’est moins bien gĂ©rĂ© que ce qu’on connait en Belgique. Ici au QuĂ©bec, Ă  part Montreal oĂą il y a une acadĂ©mie et oĂą tu peux avancer avec des coaches qui ont un CV ou un vĂ©cu, quand tu en sors, dans le monde amateur, on retrouve des gens qui n’ont peut-ĂŞtre pas le vĂ©cu foot et donc l’apprentissage nĂ©cessaire vis-Ă -vis des jeunes. C’est fait par des gens, sans critique, qui n’ont pas les compĂ©tences pour que la base d’un joueur soit bonne. Via Opportunity Players et mon acadĂ©mie, on pourrait y remĂ©dier. Â»


Joachim Gilles


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